A la croisée de l’action culturelle et de la communication naissent des projets au sein du Centre culturel !
Ici, les spectacles sont une porte d’entrée vers l’échange et le partage, et c’est ce qu’a pu constater Cassandre. Intervieweuse en herbe, cassandre a rencontré Bérangère Notta pour discuter des intentions et de l’origine du spectacle Backlash.
Bonjour à vous lecteurs, je suis Cassandre et suis en 1ère au lycée J. Guéhenno. Le jeudi 20 mars dernier, j’allais à la rencontre de Bérangère Notta, du Groupe Vertigo, à l’origine avec Guillaume Doucet, du spectacle « Backlash » programmé en mai au Centre culturel Juliette Drouet. J’ai eu envie de comprendre dans quel état d’esprit le spectacle avait été conçu d’autant plus qu’il fait écho à l’actualité. Je vous partage un extrait de mon échange avec Bérangère !
Bérangère, pouvez-vous me préciser quels ont été les prémices du spectacle « Backlash » ?
Avec Guillaume Doucet, nous sommes souvent allés à Londres pour trainer dans les librairies théâtrales. Nous sommes très friands des textes anglais, leur écriture dense et directe, leur regard acéré sur le monde, leur humour, leur côté « cash ». C’est comme ça que nous sommes tombés sur l’ouvrage de Penelope Skinner « Angry Alan ». Un texte de théâtre retraçant l’histoire tragique d’un homme perdu tombant dans le courant néfaste qu’est le masculinisme. Comme vous avez pu le comprendre, cette pièce de théâtre est à l’origine en anglais. C’est Guillaume Doucet qui en a fait la traduction et ensuite cette traduction a été retravaillée à l’épreuve du plateau avec Philippe Bodet, interprète de la pièce et moi-même.
Comment définiriez-vous l’univers du Groupe Vertigo, comment présenteriez-vous votre travail en général ?
Nous avons l’habitude de concevoir des pièces de théâtre engagées, souvent autour de l’anticapitalisme et du féminisme. La découverte de « Angry Alan » rentrait en écho avec ces préoccupations nous a permis de traiter un sujet abordé différemment et faisant écho au féminisme. Ce courant, le « masculinisme », se présente comme étant la défense des droits masculins. Or, cette définition est mensongère car il s’agit en réalité d’un mouvement offensif en réaction au féminisme.
Quel est votre intention en nous présentant ce spectacle ?
Il s’agit de rendre visible un courant de fond, d’identifier une sorte d’ennemi, pour mieux le combattre. Tout comme l’autrice Pénélope Skinner, notre position est intransigeante à l’égard de ces courants du masculinisme tout en portant un regard indulgent sur l’homme qui se fait embarquer progressivement. C’est un phénomène d’embrigadement qui peut s’appuyer sur des frustrations réelles que les victimes peuvent porter. Danny a perdu un travail bien payé, a eu des relations difficiles avec sa femme et son fils… C’est un homme sympathique mais qui va se laisser embarquer petit à petit par des idées simplistes et de fausses raisons d’être en colère. Ainsi, « Backlash » permettrait de faire connaître le masculinisme mais aussi de le montrer d’un point de vue direct avec le regard de Danny qui semble être une personne qu’on apprécie mais qui à mesure de l’avancée dans la pièce, tient des discours de plus en plus violents.
En quoi, ce spectacle est-il d’actualité ?
Penelope Skinner a écrit ce texte -joué pour la première fois en 2018 – dans un contexte d’ascension de Donald Trump et durant ses temps de campagne où émergent alors toutes ces idées idées très conservatrices. Aujourd’hui, l’air de rien, il y a des tendances de fonds infusées çà et là qui sont porteuses de violences cachées. La technique qui permet de s’imposer petit à petit, les masculinistes l’ont bien comprise, avec pour exemples, Tibo Inshape qui publie du contenu transphobe, les nombreuses vidéos donnant des techniques pour “chopper un 8” (attirer une personne ayant un niveau de beauté noté 8/10), Gérald Darmanin disant “calmez-vous, ça va bien se passer” à Apolline de Malherbe, Emmanuel Macron soutenant Gérard Depardieu face aux accusations de femmes victimes ou encore le procès avec Johnny Depp contre Amber Heard, où les masculinistes ont retourné la situation sur les réseaux sociaux en rendant Amber Heard détestable. En parlant de réseaux sociaux, Pauline Ferrari, une journaliste française a réalisé une expérience en créant un profil fictif nommé Jules sur un fameux réseau social. Elle a liké une vidéo à tendance un peu « virile » et en moins de sept minutes, d’autres vidéos apparaissaient en paquet incitant “Jules” à être masculiniste. Les réseaux sociaux ne sont donc pas une protection contre ce courant antiféministe – au contraire.
Pourquoi les jeunes doivent-ils être sensibles à ce propos ?
Le HCE (haut conseil à l’égalité) pointe dans son rapport la montée des idées masculinistes chez les jeunes hommes. L’un des chiffres les plus marquants, c’est celui des 94% de femmes de 15 à 24 ans qui estiment qu’il est plus difficile d’être une femme aujourd’hui, soit 14 points de plus qu’en 2023, quand seulement 67% des hommes de 15-24 ans le pensent. Pire, 13% des hommes pensent qu’il est plus difficile d’être un homme qu’une femme. Le masculinisme est en quelque sorte, un “Backlash”, littéralement, “retour de bâton” par rapport au phénomène “#Metoo”, c’est pour cette raison que nous avons choisi ce titre pour le spectacle. Les masculinistes se placent en victimes et affirment, dans leur mouvement de “défense pour les droits des hommes”, que les femmes n’ont plus de problème, que les différences salariales n’ont jamais existé, que les femmes auraient trop tendance à reprendre l’ascendant et que ce temps doit être révolu. Les masculinistes fonctionnent comme des complotistes en divulguant des “Fake news”. Leurs propos ont autant de légitimité selon eux, que les études statistiques, scientifiques réalisées. Ce qui ne devrait pas avoir lieu et signifie que rien n’est acquis.
Quelle forme la représentation de la pièce prend-elle ?
La pièce de théâtre est l’œuvre du groupe Vertigo, où Phillipe Bodet interprète Danny, seul personnage car la pièce est un “seul en scène”. Sur ce point, le lycée Jean Guéhenno à Fougères a pu en découvrir certains aspects. En effet, le groupe Vertigo est venu animer en mars et avril, pour la classe de terminale professionnelle optique-lunetterie, des ateliers théâtre liés à « Backlash » sur les codes du récit et du stand-up.
Je remercie Bérangère pour m’avoir informée et appris sur un sujet qui ne me parlait pas de premier abord ; donc un échange que je qualifierais de vif et riche. J’attends de découvrir le spectacle qui aura pour date de représentation le mardi 6 mai prochain à 20h au Centre Juliette Drouet. N’hésitez surtout pas à réserver vos places et venir regarder Backlash !
Cassandre




![SANDRA NKAKE [Elles]](https://centreculturel.fougeres-agglo.bzh/wp-content/uploads/2026/06/Couverture-Elles-2.jpg)
